Ce dimanche une amie habitant à Fukuoka (dans Kyushu, l’île au sud du japon) est venue à Tokyo pour un entretien d’embauche. Elle logeait chez sa sœur qui avait eu des places gratuites pour aller voir le kabuki ce dimanche. Donc de fil en aiguille votre humble serviteur s’est fait inviter et y est allé avec grande joie.
Le kabuki est une forme de théâtre japonais, il est né il y a environ 600 ans à l’époque où une troupe de femmes venaient dans les villes de tout le japon et se produisaient en dansant, créant la sensation, à tel point que les seigneurs locaux interdirent cela, car devenant incontrôlable (et aussi parce que c’étaient des femmes qui faisaient la sensation…). Bref les japonais mécontents se sont donc mis à imiter ce qui était devenu célèbre à travers tout le japon, mais en utilisant des adolescents plutôt que des « femmes », et là les seigneurs locaux ont aussi gueulé encore un petit coup, et ont interdit ces représentations, mais suite aux pressions des japonais mécontents (si je vous assure des fois les japonais font pression sur leur gouvernement ! ca a bien changé depuis cette époque mon dieu…) le gouvernement a cédé et a autorisé les représentations seulement si ne se produisaient que des hommes.
Ceci explique que même maintenant (oui ça n’a pas changé…) le kabuki reste un art uniquement masculin, les hommes jouant des rôles de femmes très bien cela dit, et comme je l’expliquerai plus tard, vu comment ils parlent de toute façon ça ne change strictement rien que ce soient des hommes ou des femmes…
Kabuki s’écrit 歌舞伎mais que veulent dirent ces 3 kanji ?
歌 : chant
舞 : danse
伎 : technique
Le nom est en fait dérivé de la troupe de femmes dont j’ai parlé précédemment mais les japonais toujours partant pour créer des mots à partir de sons et leur associer des kanji au passage et bien cela a donné ces 3 kanji. En gros dans le kabuki, il y a du chant, de la danse et le tout fait avec maîtrise, ça résume assez bien 
Parlons du lieu pour l’instant, la pièce se jouait dans le « théâtre national », un bâtiment qui ne paie pas forcément de mine de l’extérieur mais qui envoie du gros en intérieur, cf. photos. Un hall immense en guise d’entrée et une salle de représentation très classe, des sièges parfaitement positionnés pour bien voir (toujours beaucoup plus haut que le précédent, donc pas du tout gêné !). En plus on avait les places au premier balcon, la rangée du haut, tout au centre, autant dire que si on traçait un cercle entourant la salle on était en plein milieu, parfait !!!
Donc on s’est assis et ça a commencé à la seconde près (un petit compteur en guise de preuve, merci la ponctualité japonaise). Par chance, c’était une séance d’introduction au kabuki pour les gens qui n’y connaissaient rien, donc c’était parfait et on a eu droit à une explication de l’histoire, de la salle, des éléments du décors, de l’envers du décors, etc par deux des acteurs de la pièce (16 et 19 ans, ils les prennent jeunes parce qu’ils jouaient deux servantes, et si on est jeune on fait plus féminin, surtout les japs, nan pèche qu’ils jouaient très bien les bougres !). Donc pour jouer des femmes il faut se maquiller, et là aussi on a eu droit à une vidéo (ils avaient monté un écran sur la scène) d’un des deux acteurs dans sa loge qui nous a expliqué comment se maquiller pour le kabuki. Au passage ils se maquillent tous eux même, et c’est vraiment un gros bordel ! Peinture blanche partout, rouge à lèvre, cils etc. Tout y passe, et en un temps assez record je trouve. Le résultat est convaincant ? Bah… oui si on veut, il peut passer pour une fille largement sur scène mais si on lui parle en face à mon avis on capte vite. Enfin là n’est pas le propos, c’est bien fait et c’est tout ce qui compte ! Donc après cette sympathique introduction on a eu droit à la pièce.
Quelle est donc cette pièce que je suis allé voir ? Ça s’appelle 身代座禅 (migawarizazen, à savoir « le substitut de la pose de méditation assise bouddhiste zen », sisi !). Pour comprendre ce titre tiré par les cheveux, il faut que je vous explique l’histoire :
A une époque, le japon était divisé en petits royaumes, tous ayant un genre de « chef » du royaume qui devait se rendre périodiquement à la capitale pour louer son allégeance à l’empereur, il résidait dans une maison préparée par l’empereur et pendant environ 1 an. Il devait bien sûr laisser toute sa famille dans son royaume (en guise d’otage, sympa l’empereur…) pendant toute la durée de son « séjour forcé » à la capitale.
Là cette pièce se trouve dans cette situation, mais on a droit à un daimyo (le nom des seigneurs locaux) qui a avec lui sa femme a la capitale (je ne sais pas comment ni pourquoi, j e n’ai pas compris comment c’était possible ça désolé…), quoi qu’il en soit elle est là, et elle est terrible ! Elle le colle, elle a le physique d’un ours, elle crie et elle le rend un peu dingue mais par-dessus tout elle l’aime. Point dont le mari se fichtre éperdument car lui tout ce qu’il veut c’est aller voir une prostitué qu’il a rencontré lors d’un précédent voyage à la capitale. Seulement sa femme ne veut pas le laisser sortir de la maison tout seul, alors il cherche un tas d’excuse et trouve enfin un subterfuge. Il dit à sa femme qu’il traverse une crise psychique et qu’il doit méditer toute la nuit seul, en position zen (référence au titre, faut suivre). Sa femme lui accorde ceci et il part donc méditer. Mais en vrai il appelle son servant, et lui fait prendre sa place dans la pièce, en lui mettant une sorte de couverture sur la tête pour ne pas qu’on le reconnaisse, il lui dit qu’il doit rester comme ça toute la nuit pendant que lui il va voir la prostituée et qu’il reviendra le matin prendre sa place, tout ira bien etc etc. Sauf que sa femme est vraiment amoureuse de lui, et ne supporte pas que son pauvre mari traverse une crise psychique, alors elle lui amène du thé, des gâteaux, tente de discuter avec lui mais voyant que son « mari » l’ignore complètement, elle s’énerve et ôte la couverture du servant, qui se fond en excuses et implore son pardon ! Elle est tellement dégoutée qu’elle décide de se venger et prend la place du servant sous la couverture, elle dit à tout le monde de déguerpir et elle attend le matin… Là son mari complètement bourré revient et se met à raconter la nuit de folie qu’il a passé à ce qu’il croit être son servant, combien cette femme était magnifique, et combien sa femme a lui est tout l’inverse, etc etc… Forcément au bout d’un moment la femme pète un boulon et saute sur lui, s’en suit une course poursuite à travers la maison et … puis rien c’est la fin de la pièce ! Alors ça c’était le clou, le top j’ai adoré !!!! Vous imaginez ? Une pièce sans aucune morale, aucun message à faire passer rien ??? Le mec va voir une prostituée, raconte ca a sa femme, se fait courir après et... puis c’est fini! Incroyable non ? Et bien non les japonais l’ont fait et dieu que c’est jouissif ! En tout la pièce a duré 1H30 je pense, et c’est passé carrément vite à mes yeux.
A oui j’ai oublié de dire que j’avais loué un guide audio en anglais aussi parce que sinon vraiment c’est incompréhensible, j’ai dû comprendre 3 ou 4 mots c’est tout en 1H30… c’est parlé d’une façon qui m’horripile normalement mais là c’est passé plutôt bien, vous savez c’est cette façon qu’on les japonais d’exagérer la façon de parler, que ce soient les yakuzas, les pubs à la TV ou les émissions débiles où le mec dit d’une voix qu’on dirait que c’est la fin du monde, qu’il y a un challenge comme jamais aucun humain n’en a vu : « maiiiiiis que faiiiiit ce cooooqueeeelicooooot iciiiiii ?» (Pour un exemple de pub à la con de ce genre c’est ici : http://www.youtube.com/watch?v=m6Yg_-PE_DM). C’est profondément insupportable, j’ai des envies de meurtre dès que j’entends un gars parler comme ça mais bon c’est la vie ici, et au kabuki, c’est 1H30 comme ça, sauf qu’il y a de la musique derrière (15 personnes jouant des instruments dans le fond de la pièce) et ça passe carrément mieux.
Bref voilà pour finir nos deux acolytes du début sont revenus et nous ont joué une petite scène finale en dansant, mimant deux personnes ligotés par leur femmes parce qu’ils buvaient trop de saké et bien décidé à se libérer et à en boire encore, je vous laisse imaginer 
Moi j’ai franchement accroché le kabuki, je ne dis pas que j’irai en voir toutes les semaines, mais c’est franchement sympa, et franchement c’est bien un truc qu’on peut voir qu’au japon à mon avis. Pour du dépaysement, là ça va chercher très loin et fait des bons souvenirs!
Voici une vidéo sur youtube de la pièce (à partir de 34secs, avant je ne sais pas ce que c’est), malheureusement je n’ai pas pu prendre de vidéo ca interdit, mais bon j’y ai même pas pe,sé pour tout dire 
http://www.youtube.com/watch?v=EP8tva99JW0&feature=PlayList&p=BB0B1A88605754A7&playnext_from=PL&playnext=1&index=45